Un web écoresponsable, oui c’est possible

Un web écoresponsable, oui c’est possible

Cela a-t-il du sens de parler de web écoresponsable ?
Imaginons. Je m’installe devant mon ordinateur, j’ouvre mon navigateur et hop, je lance une requête sur un moteur de recherche tel que Google. La page de résultats apparaît en une fraction de seconde. Tout ce qui se passe sur la Toile pour en arriver à cette page est transparent pour moi. OK, je sais que mon ordinateur consomme un peu d’électricité, mais j’imagine que ça n’est pas énorme. Et peut être même je me dis qu’on ne va quand même pas mettre de l’écologie partout sous prétexte que c’est un sujet à la mode !
Et pourtant, vous allez voir qu’il suffit de faire un petit tour au Green Lab Center de Nantes pour changer d’opinion.

De nombreuses rencontres ont eu lieu lors de la Digital Week qui se déroulait du 17 au 27 septembre 2015 à Nantes. Comme j’ai eu la chance de pouvoir assister à certaines manifestations, j’en profite pour en relater ici quelques moments.

Le Green Lab Center : parc d’innovations pour la promotion du numérique vert

Le Green Lab Center travaille à construire un monde du numérique moins gourmand en énergie. On parle de Green IT. Voici la définition qu’en donne le Green Lab Center

Le Green IT ou informatique verte est un concept qui désigne un état de l’art informatique qui vise à réduire l’empreinte écologique, économique, et sociale des technologies de l’information et de la communication (TIC).

Commençons par la description des lieux. Les bureaux sont installés dans un bâtiment appelé “Le Hub Creatic”. Situé au nord de Nantes dans un environnement presque champêtre, le Hub Creatic est un drôle de bâtiment qu’on peut repérer de loin grâce à l’éclatante couleur jaune canari des structures qui parent sa façade. Une fois à l’intérieur, direction le premier étage pour découvrir le fameux laboratoire de l’innovation pour un numérique écoresponsable.

Façade du Hub Creatic à NantesFaçade du Hub Creatic à NantesEntrée du bâtimentDans le hall d'entrée
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Façade du Hub Creatic à Nantes

Le Green Lab Center est une association. Ce cluster regroupe des acteurs du privé (entreprises, laboratoires) et du public (écoles) ainsi que des associations. Il est soutenu par les collectivités territoriales (conseil régional, Nantes métropole). Les activités de cette structure couvrent deux champs d’application :

  • la promotion de l’innovation et du savoir-faire Green IT avec les outils suivants :
    • Une salle de démonstration, show-room qui permet au visiteur d’appréhender de façon concrète les impacts énergétiques du numérique et qui expose des solutions innovantes proposées par les membres du Green Lab Center
    • Des actions de sensibilisations, principalement auprès des entreprises privées et des étudiants. Le show-room est alors utilisé comme un lieu de travaux pratiques et de démonstration
    • En participant à des événements Green IT
    • Le challenge Green IT qui cible les étudiants pour les inciter à prendre conscience de l’impact positif, en terme de consommation de ressource énergétique, d’un code informatique optimisé
    • La promotion des membres du Green Lab Center afin de donner de la visibilité à leurs innovations
    • Un label Green des sites web. Le label “Green Code” est le premier label d’éco-conception des sites internet. Il est basé sur un référentiel de bonnes pratiques à respecter.
  • une offre de service en terme de solutions Green IT. C’est-a-dire que des entreprises peuvent s’adresser au Green Lab Center pour réaliser l’évaluation et l’expertise de leur système informatique en terme d’impact sur l’environnement. Ensuite si l’entreprise est vraiment soucieuse de s’inscrire dans une démarche Green IT, le Green Lab Center est en mesure de lui proposer des solutions en terme de matériels, de logiciels et d’organisation moins impactants.
Affiche présentant le nouveau label "green code" des sites web
Un label « green code » des sites web

Les impacts écologiques du numérique : consommation d’énergie et de matériaux, production de déchets

L’empreinte annuelle par internaute serait de l’ordre de :
– 346 kWh d’énergie soit la consommation électrique annuelle de 10 ordinateurs portables
– 203 kg de gaz à effet de serre (émissions annuelles de 1 afghan)
– 2 924 litres d’eau (fabrication de 3 smartphones ou 2,5 ans de survie pour un être humain)

Cycle de vie d'un produit - Source : ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/guide-pratique-internet-courriels-reduire-impacts.pdf
Cycle de vie d’un produit – Source : ademe.fr

Pour évaluer l’impact écologique d’un produit ou d’un service, il faut en étudier toutes les étapes du cycle de vie. C’est-a-dire qu’il faut évaluer la consommation de matières premières et d’énergie, l’émission de polluants, de gaz à effet de serre et de déchets depuis la conception jusqu’à l’élimination.

Impact 1 : Consommation énergétique

1 requête Google = 1 ampoule allumée pendant 1 heure

Cette comparaison a le mérite de frapper les esprits et de matérialiser le coût énergétique d’une action sur Internet. En effet, pour faire fonctionner cette immense toile, il faut une multitude d’équipements informatiques et de télécommunication :
– des fibres optiques,
– des câbles en cuivre,
– des émetteurs Wi-Fi,
– des antennes de téléphonie cellulaire,
– des routeurs qui relaient les données et établissent les chemins vers les destinations,
– et enfin les data centers, ces centres où sont traitées et stockées toutes les données générées lorsque vous consultez un site web, que vous envoyez un e-mail ou publiez une photo.

Les équipements de l'Internet - Source : ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/guide-pratique-internet-courriels-reduire-impacts.pdf
Les équipements de l’Internet – Source : ademe.fr

Le vélo du Green Lab Center : pédaler pour alimenter en énergie un ordinateur
Le vélo du Green Lab Center : pédaler pour alimenter en énergie un ordinateur
Pour en revenir au Green Lab Center, on y trouve des « ateliers » qui permettent justement d’appréhender concrètement – voire physiquement – la quantité d’énergie consommée par le numérique. En effet, comment percevoir ce que représente une consommation d’1 kilowatt-heure par exemple ? Justement, dans l’un des ateliers les plus surprenants du lieu, l’exercice consiste à pédaler sur un vélo afin de fournir l’énergie nécessaire à l’alimentation d’un ordinateur. Au début, ça ressemble à une balade, mais au fur et à mesure que de nouvelles applications sont lancées, il faut pédaler de plus en plus vite. Et il arrive un moment où il n’est plus possible de fournir suffisamment d’énergie !…
Bon, je n’ai pas vu la démonstration en direct, c’est dommage. Mais j’imagine très bien la scène 🙂 .

L’énergie consommée par un ordinateur dépend du matériel, des matériaux constitutifs mais également des logiciels (bien codés ils consomment moins d’énergie) et de l’utilisation qui en faite (le nombre de requêtes dans les moteurs de recherche par exemple). Il existe un autre poste très gourmand en énergie et qu’on oublie souvent car on ne le voit pas, c’est celui des Data Centers qui contiennent les serveurs. Voici d’ailleurs une définition du serveur qui me paraît des plus explicites :

le serveur est un radiateur qu’il faut climatiser.

En effet, la perte d’énergie dégagée sous forme de chaleur par les serveurs est telle qu’il faut les refroidir pour qu’ils continuent de fonctionner correctement. Autant dire qu’en terme écologique, ces appareils sont une catastrophe.

Impact 2 : Émission de gaz à effet de serre

Émission de CO2 pour 1 recherche sur Google = Émission de CO2 pour faire bouillir l’eau d’1 tasse de thé

Selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), le bilan carbone d’une requête sur un moteur de recherche est estimé à 10 grammes de CO² par recherche.
Une fois encore, il faut prendre en compte le cycle de vie du service pour évaluer le niveau des émissions.

Infographie des taux d'émission de gaz à effet de serre par les TIC
Émissions de gaz à effet de serre par les TIC – Source : greenit.fr

Impact 3 : Consommation de matériaux et gestion des déchets

Sur les quatre étapes du cycle (fabrication, transport, utilisation, gestion des déchets), c’est la fabrication des matériels qui est l’étape la plus polluante et la plus impactante.

Nous venons de passer du temps à expliquer que la consommation énergétique des appareils informatiques pendant leur utilisation pose un vrai problème environnemental. Pourtant, l’impact écologique le plus important intervient lors de la construction du matériel et lors du traitement des produits en fin de vie. Or, il faut rappeler que les appareils électroniques sont renouvelés tous les 18 mois en moyenne alors que leur durée de vie technique est de 7 à 8 ans.
La fabrication concentre plus de 80% des impacts : production de métaux lourds, de perturbateurs endocriniens, de solvants chlorés ou de phtalates, épuisement de certains métaux rares.

Pour plus d’information, consultez les liens ci-dessous.
http://www.hyblab.fr/projets/we-demain/
http://www.greenit.fr/article/materiel/quelle-est-l-empreinte-environnementale-du-web-5496
http://www.ecoloinfo.com/2014/02/14/lempreinte-carbone-sur-le-web-pas-si-virtuelle-que-ca

Des gestes quotidiens simples pour réduire son empreinte écologique

Beaucoup de petits gestes font simplement appel au bon sens. Il est possible d’agir aux 3 étapes du cycle de vie : achat, utilisation et élimination.

Voici quelques exemples de pratiques écoresponsables dans l’utilisation des TIC (technologies de l’information et de la communication : courriels, réseaux sociaux, recherches d’informations sur internet, commerce en ligne, conférences vidéo ou audio…) :

  • Achetez du matériel adapté à vos besoins, sans suréquipement
  • Placez les sites souvent consultés dans les favoris du navigateur au lieu de lancer une recherche à chaque fois
  • Entrez directement dans la barre d’adresse du navigateur l’URL d’un site lorsque vous la connaissez
  • Rédigez des e-mails courts, lisibles et réduisez le poids des pièces jointes
  • Triez votre boîte mail régulièrement
  • Débranchez les appareils. Un ordinateur qui reste branché consomme toujours un peu d’énergie. Même remarque pour le téléphone portable, même si la batterie a fini de charger
  • Préférez la réparation à l’achat d’un nouvel appareil en cas de panne
  • Le matériel en fin de vie doit être amené en déchetterie ou au détaillant pour recyclage

Pour approfondir la question :
un lien : http://www.ademe.fr/particuliers-eco-citoyens/bureau/economiser-lelectricite
et un PDF de l’ADEME très complet : Internet, courriels : réduire les impacts

Les innovations Green IT du Green Lab Center

Application mobile pour économiser la batterie, compilation de code, optimisation des machines virtuelles…

Autant dire que les idées d’innovations Green IT ne manquent pas et ça fait plaisir. Elles ciblent aussi bien le serveur web que l’appareil final en passant par la programmation. Tout y passe.
Par exemple, l’entreprise The green little men propose une application mobile GREENISCORE qui permet d’optimiser en un seul clic la consommation d’énergie de son smartphone en fonction de l’activité du moment (au bureau, au dodo, en avion…). Ainsi, l’appareil reste chargé plus longtemps.
Autre proposition, pour évaluer la maturité des usages du numérique d’une entreprise qui se place dans une démarche de développement durable, l’entreprise A2jv a développé l’outil MatuGreenIT.
Le Green Lab Center conçoit également des outils qui optimisent les codes informatiques et qui nettoient les machines virtuelles. Mais là ça devient très technique.

La chaudière numérique

Bien sûr (et heureusement) il existe d’autres acteurs qui travaillent également sur des technologies Green IT. La société Stimergy développe un prototype original, celui des chaudières numériques.

Attardons-nous quelques instants sur une expérience étonnante qui est celle des chaudières numériques. Le principe est simple, il s’agit de récupérer la chaleur produite par les serveurs afin d’alimenter le circuit d’eau chaude d’un bâtiment. Un petit data center est installé dans le sous-sol d’un immeuble. Les serveurs sont trempés dans un bain d’huile qui capture la chaleur. Celle-ci est ensuite transmise à l’eau du circuit d’eau chaude. Le bénéfice est double :
– l’énergie émise par les serveurs sous forme de chaleur est recyclée
– et le système consomme moins d’énergie qu’un data center classique car il n’y a pas besoin de refroidir les serveurs.
Petit inconvénient, il paraît qu’il faut faire attention aux tâches d’huile lors de l’entretien des serveurs 😉 .

Un serveur permet de chauffer 80L d’eau chaude par jour, soit la consommation de 2 adultes et 1 enfant.

Chaudière numérique - Université Jean Moulin à Lyon
Mise en place de la Chaudière numérique – 15 Octobre 2014 – © David VENIER – Université Jean Moulin Lyon 3

Ce principe de la chaudière numérique est actuellement testé grandeur nature par l’entreprise Grenobloise Stimergy dans les bâtiments de l’université Jean Moulin de Lyon.

Pour en savoir plus, vous pouvez consulter l’article “La chaudière numérique Lyon 3 : les premières photos de l’installation”.

Rendez-vous également sur le site de STIMERGY. La vidéo de la page d’accueil explique le principe de la chaudière numérique de façon simple et ludique.

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